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Analyse des Petites Annonces |
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Hypothèses et concepts |
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L'analyse du discours, porté par les Petites Annonces, nous permettra d'aborder la manière dont les membres du Club Smboy se présentent et présentent leurs requêtes de partenaires, dans la logique de relations essentiellement sexuelles et plus ou moins impersonnelles. Le principe est donc de définir l'univers terminologique associé aux pratiques sociosexuelles des membres « safe » du Club pour dégager, ensuite, les différences, propres au discours des membres barebackers. Ainsi, nous tenterons de savoir, à partir des annonces publiées sur le site :
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Références : |
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Méthodologie |
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Le site Internet où fut testé cette méthodologie d'analyse de contenu est le suivant : www.smboy.net. Nous avions en octobre 2002 une banque de données comportant 4700 petites annonces provenant de 2500 membres. Nous avons différencié deux groupes d'annonces : - un premier groupe d'annonces est constitué par la plus récente de 183 usagers (tirés au hasard) se définissant dans leur profil comme membres " safe " du Club Smboy ; - un second groupe constitué de la dernière annonce postée par les 158 membres se définissant comme " barebacker " ayant rédigé une annonce. La première partie de cet exposé propose une analyse du discours des annonces des membres sécuritaires, dont nous verrons que le contenu suit la ligne éditoriale du site qui s'adresse à la culture gay S&M ou Hard. Cette analyse de contenu sera suivie de celle des annonces des barebackers dans le but de dégager la mise en discours du risque. Le contenu des annonces est alors recodé selon la cartographie des pratiques à risque face à la transmission des MTS et du VIH/sida, proposée par l'éditeur. Les membres du site sont âgés d’en moyenne 33 ans. Ils se considèrent en majorité « hard » (versus « soft ») pour la plupart soumis (40,1%) versus domi (16,4%), soft (18,1%) et domi et soumis (25,4%). Rappelons que 60% des membres français proviennent des régions alors que 40% proviennent de Paris. En Octobre 2001, 11,2% des membres du Club Smboy se considèrent comme barebackers, donc 88,8% affirment avoir une attitude se sexe sécuritaire. Nous avons vu préalablement que ce chiffre a chuté en 2002 tombant à moins de 9% (saturation). L'analyse qualitative que nous proposons est descriptive, concentrée sur le texte, sur le vocabulaire utilisé et sur la forme que prennent les petites annonces. Pour analyser ces petites annonces, nous avons utilisé le logiciel NUD*IST qui nous a servi à catégoriser les petites annonces selon la grille suivante : |
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Des recoupements ont été faits entre certaines catégories afin de faire des liens entre différents éléments de la grille (2.1 et 5.3.2 = soft et maso; 2.1 et 5.3.1 = soft et sado; 2.2 et 5.3.2 = hard et maso; 2.2 et 5.3.1 = hard et sado; 4.1 et 9.1 = Paris et Texte; 4.1 et 9.2 = Paris et Télégramme; 4.2 et 9.1 = Région et Texte; 4.2 et 9.2 = Région et Télégramme; 5.1 et 5.2 = Fétichisme et Vêtements; 5.7 et 5.9 = Matériel et Fist fucking; 6.1.1 et 5.3.2 = Salope et maso; 3.1 et 5.6 et 5.12 et 5.15 = Barebacker et pratiques à risque; 3.2 et 5.6 et 5.12 et 5.15 = Non barebacker et pratiques à risque; 5.4 et 5.8.1 et 5.9 = Bondage-godage, urophilie et fist fucking). |
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Résultats relatifs aux membres dont les pratiques sont protégées |
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Vocabulaire utilisé sur le site communautaire Smboy.net |
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Vocabulaire spécifique au groupe bareback |
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Âge des membres passant des annonces |
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La catégorie d’âge la plus nombreuse est celle des 31-40 ans, ce qui va dans le sens de la moyenne d’âge précédemment décrite. Les moins nombreux sont les 60 ans et plus (un seul membre). En ce qui concerne le contenu des petites annonces, nous n’avons pas constaté de différence selon l’âge (type de pratiques recherchées, type de partenaire recherché, etc.) |
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Annonces soft ou Hard |
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Sur les 183 petites annonces retenues, 22 seulement étaient catégorisées comme « soft ». L'éditeur avait choisi ces deux catégories à l'ouverture du Club (non destiné, initialement, aux pratiques hard) pour proposer deux formes de rencontres. Cependant le Club fût très vite approprié par les gays aux pratiques hard ou S&M et fût alors nommé SMBOY. Les Annonces Soft s'adressent donc plutôt aux annonce de type " relation suivie ", aux " débutants " ainsi qu'a des annonces diverses (loisirs, échange, voyage, communautaire etc.). Dans ces annonces dite " Soft ", nous avons constaté moins de pratiques sexuelles telles que l’urophilie, la scatophilie ou le fist-fucking. Toutefois, même les membres qui annoncent « soft » recherchent, en majorité, des relations basées sur la sexualité.
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Provenance géographique des membres du Club Smboy passant des petites annonces |
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Sur ce plan, nous n’avons remarqué aucune différence en terme de contenu de l’annonce, mais nous avons noté une différence en terme de récipient (c’est-à-dire formalisation : format texte ou télégramme). En effet, toutes proportions gardées (les gens de la région étant plus nombreux que les Parisiens), nous avons noté que les membres parisiens utilisaient plus souvent le format télégramme que le format texte. On entendra par télégraphe l'utilisation de mots abrégés, ayant souvent par l'usage du verlan et du codage une forme décidée, incisive et confidentielle. Exemple sur une Annonce de type Hard, codée par l'éditeur comme bareback (donc non visible par les usagers dont les pratiques sont protégées) :
Nous remarquons que, même dans l'univers de tolérance du Club, cet usager barebacker s'autocensure et " code " donc le mot "foutre " par " ftre ", alors que le mot " pisse " est entièrement formulé (la pratique urophilie étant perçue comme moins extrême et, de plus, à moindre risque). |
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Pratiques sexuelles dominantes des membres du club |
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En ce qui concerne les pratiques sexuelles, nous avons fait un décompte des cinq pratiques les plus fréquemment recherchées par les membres, une fois mis en retrait les termes en référence à la domination ou la soumission. Des moins fréquentes aux pratiques courantes on trouve : le Bondage, le Godage & Fist-Fucking, la Partouze, la Sodomie, l'Urophilie, la Fellation. D’abord, en cinquième position, nous retrouvons le bondage avec 17 membres qui recherchent cette pratique.
En quatrième position, nous retrouvons le fist-fucking (faire pénétrer dans l’anus la main, le poignet, le bras, etc.) souvent associé au godage (27 membres).
En troisième position se trouve la partouze (plusieurs partenaires), avec 32 membres qui affirment rechercher ce type d’activité sexuelle.
En deuxième position, nous avons une égalité entre la sodomie et l’urophilie, avec chacun 33 membres qui désirent effectuer ces pratiques sexuelles.
Finalement, la première position est occupée par la fellation (sexe oral) (36 membres recherchent cette pratique ou du moins le mentionnent dans leur petite annonce).
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Adjuvants |
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Nous avons remarqué un élément que nous croyons important de noter ici : la 6e position était occupée par un adjuvant des pratiques sexuelles, c’est-à-dire l’utilisation de poppers (drogue désinhibitrice favorisant également la dilatation anale) que nous avions classée dans la catégorie « autres ». En effet, 17 personnes ont affirmé vouloir utiliser ce produit (en vente libre dans les sexe shop et les bars) pour faciliter la relation sexuelle. Bien que sur le total de toutes les petites annonces, ce chiffre soit peu considérable, il reste qu’il occupe le 6e rang sur 17 pratiques et adjuvants. |
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Des pratiques S&M en background face à des pratiques multiples |
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Dans ce décompte, nous n’avons pas comptabilisé le sadomasochisme, puisque celui-ci revenait dans près de la moitié des petites annonces (88). À la lecture des petites annonces, nous avons remarqué que l'élément de sadomasochisme n’était pas toujours considéré comme une pratique sexuelle, mais plutôt comme une attitude sexuelle, c’est-à-dire que le fait d’être sado/maso domi/soumis était une trame de fond alors que d’autres pratiques, telles le bondage, le fist-fucking, la sodomie, le sexe oral, etc. étaient recherchées. Le nombre de personnes qui se sont considérées maso était 3 fois plus grand que ceux qui se sont considérées sado (61 masos et 20 sado). Et parmi ceux qui se disent sado, maso ou switch ( les deux), nous n’avons vu aucune différence (toutes proportions gardées) entre les barebackers ou non barebackers, entre les soft ou les hard, entre le type de relation recherchée (sexualité, amour ou autres). Presque tous les membres recherchent plusieurs pratiques sexuelles, et non une seule.
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Se présenter / présenter son partenaire - auto & allo description |
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En grande majorité les membres vont effectuer une auto description (77 membres), 28 vont décrire le partenaire recherché et 24 feront les deux (auto et allo description). Ceci dit, il faut savoir que chaque membre du site ayant une page personnelle tout annonce est accompagnée du profil du membre et éventuellement de ses photos. Lorsque les membres décrivent plutôt le partenaire recherché, plusieurs vont insister sur l’âge de ce partenaire (32 membres). Il est à noter que 22 de ces 32 membres vont rechercher des partenaires qui auront au maximum 35 ou 40 ans. Seize personnes vont rechercher un partenaire très bien membré et 13 se disent ouverts aux ethnies. Il est rare que les membres recherchent un partenaire poilu ou imberbe. Il est plus fréquent qu’eux-mêmes se décrivent comme poilus ou imberbes. |
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Type de relations recherchées |
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Parmi les 183 annonces retenues, seulement quatre d’entre elles recherchaient une relation basée sur autre chose que la sexualité. Deux personnes recherchaient l’amour, une personne recherche un partenaire de sport et un recherche une amitié. Parmi les deux personnes qui recherchent l’amour, une d’entre elle spécifie que « puisque je sais qu'on ne trouve jamais ce que l'on veut, je me contente de sexe […] ». L'organisation informatique du site ne semble guère en cause dans cette approche très fonctionnelle des rencontres sexuelles. Des champs libres (personnalité, partenaires recherchés) permettent au membre de "sortir" de l'aspect physiques et sexuel des critères fermés de son profil personnel et les annonces proposent bien deux rubriques (soft pour des relations d'amour, d'amitié et de loisirs, hard pour les sexe plus impersonnel). D'ailleurs, la même interface/logiciel, proposée au gais du Québec (Le club Qcboy), fut appropriée par une population beaucoup plus généraliste. Il semble donc que l'univers propre aux pratiques hard ne soit guère conciliable avec des relations moins impersonnelles (l'autre découvert et estimé ne pouvant alors facilement être ravalé au rôle d'objet sexuel). Dans les registres moins extrêmes (sites gais plus généralistes) on retrouve ce même modèle dichotomique entre rapport sexuels impersonnels et rapport plus socialisés. |
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Dans cet univers les Barebackers se distinguent |
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En ce qui concerne l’analyse de contenu des petites annonces du second groupe (barebackers), nous avons recodé les termes relatifs aux pratiques préventives proposées dans l'interface de prévention du site safeboy.net. Nous allons voir que cette analyse permet de détacher, beaucoup plus nettement que dans l'approche relative aux profils, l'univers des pratiques privilégiées par les barebackers. |
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On constate déjà, à partir de ce tableau, que les barebackers semblent posséder un répertoire plus vaste de pratiques sexuelles recherchées et proposées que les annonceurs sécuritaires. De même, ils sont plus nombreux à rechercher des pratiques sexuelles pouvant impliquer des risques de transmission du VIH comme la sodomie. Cet aspect "boulimique" apparaîtra comme constant tout au long de l'analyse. |
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Avant de discuter de la manière dont ces pratiques spécifiques sont élaborées dans les discours des annonces, nous aborderons une dimension propre aux barebackers (donc absentes chez les membres sont les pratiques sont protégées) qui revient assez régulièrement dans les exemples que nous allons présenter : les échanges de liquides sexuels. |
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Absorption et récupération des liquides sexuels dans les annonces des barebackers |
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Le mot « jus » |
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Ce terme est utilisé presque exclusivement par les barebackers. Il a été noté 58 fois dans les annonces des barebackers. Alors que les messages de prévention mettent l’emphase sur la nécessité de limiter les contacts avec les liquides sexuels, le discours des les barebackers exprime, à l’opposé, une recherche répétée et insistante de ces contacts.
Il
semble refléter un désir de
rapports sexuels non protégés qui peut être perçu
comme une révolte face aux messages de prévention, mais aussi comme
une dépendance
(de nombreux usagers disent être "accros au jus").
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Les « capotes usagées » |
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Les échanges des liquides sexuels se trouvent aussi fondés dans une logique de la récupération qui défie toutes les règles de la prévention. Ainsi, même ceux qui adoptent des pratiques sexuelles sécuritaires sont présentés comme de possibles contaminateurs … Exemples :
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L’analité |
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La référence à l’analité constitue un thème important dans les annonces
des barebackers. Aussi, la référence à l’analité est intimement liée à la notion de remplissage impliquant des contacts avec du sperme potentiellement contaminé :
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L’oralité |
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La référence à l’oralité constitue un autre thème récurrent dans les annonces des barebackers. Elle est associée aux figures suivantes : lécher, bouffer, pomper, avaler, sucer, piper. Lorsque l’oralité est évoquée, elle met elle aussi l’emphase sur l’échange des liquides sexuels par la bouche jouant alors le rôle de réceptacle :
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Le sexe en groupe : partouze |
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Le sexe en groupe est une pratique à laquelle un nombre important d’annonceurs fait référence. Certains annonceurs cherchent à rencontrer des partenaires pour des rapports sexuels à plusieurs en spécifiant explicitement l’exclusion de l’usage du préservatif et insistant sur la nature réelle de l’annonce :
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Les drogues |
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L’usage des drogues
n’est pas généralisé ni vraiment significatif dans ce sous-groupe. En effet, le poppers joue un rôle précis dans l’activité sexuelle en altérant les états de conscience et en facilitant la dilatation, notamment anale. On note cependant que, parfois, il est exigé.
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Le sexe en groupe reformulé : abattage, tournantes |
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La recherche de sexe en groupe peut aussi prendre une autre forme, marquée par la soumission et par l’humiliation dans un contexte extrêmement machiste. L’abattage consiste à se mettre à la disposition d’autres hommes venant se satisfaire à la chaîne. Cette référence à des pratiques de prostitution hétérosexuelle (subie) est aussi et, depuis peu, nommée par les membres "tournante" (influence des média). Il faut remarquer que, celui qui se soumet au jeu, recrute et organise. Il exige et semble dominer le jeux. Rares sont les annonces qui laissent entendre l'organisation par un tiers d'un abattage et, lorsque cela le produit, le coach est habituellement un ami ou le partenaire habituel. Donc, même si le fantasmes flirtent avec des questions de pratiques proche du viol et d'un soumission à un pouvoir machiste, on est dans une registre de consentement et de requête quasi compulsive. Celui qui domine semble souvent le soumis/passif/organisateur qui traite celui qui profite de lui comme simple objet phallique, nécessaire à son besoin (ici d'être "rempli"/utilisé/aimé ?). On note dans cette pratique une absence de discrimination des partenaires et une emphase sur la réception passive d’autres hommes et de leurs liquides sexuels.
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La position de soumission : une forme marquée d'abandon |
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En référence à la domination, on note peu de différence entre les barebackers et ceux qui ont des comportements sécuritaires. Par contre, en référence à la soumission : les barebackers sont deux fois plus nombreux. La position de soumission renverrait à une forme très marquée d’abandon, où on entend laisser, entre les mains des autres, son propre destin, jusqu’à risquer la contamination. Certains membres se considérant comme soumis vont très loin dans leur désir d’être dominés, les responsables du site devant même à certaines occasions, annoter l’annonce et renvoyer l'usager vers des lignes d'écoute (estime de soi).
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L’urophilie et la scatophilie |
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L’urophilie et la scatophilie semblent liées à la soumission mais aussi aux échanges de liquides : sur les 97 membres s’étant déclarés comme soumis, 63 recherchent à pratiquer l’urophilie et/ou la scatophilie (65%). Ces membres barebackers démontrent aussi un désir d’être humilié par le biais de l’urophilie et de la scatophilie.
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Conclusion |
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Les annonces de membres safe ou barebackers |
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La majorité des usagers, ayant publié une annonce sur le site smboy.net, ont d’abord, majoritairement utilisé, une approche de type télégramme. Presque deux membres contre un ont préféré une méthode rapide, efficace, permettant de maximiser le nombre de choses dites en un minimum d’espace. Ils cherchent à dire beaucoup, dans peu d’espace afin de rencontrer rapidement, sans perte de temps, un peu dans la lignée du « fast sex » (sexe obtenu rapidement et à un coût moindre : coût économique, mais aussi coût en terme de temps). Notre échantillon semble, en effet, faire partie de ce mouvement de consommation du sexe. Il semble vouloir rassembler un maximum de conquêtes dans un minimum de temps et d’énergie. La très grande majorité va droit au but en exprimant ce qu’ils veulent, quand ils le veulent, comment ils le veulent. Les membres utilisent un langage souvent codé et abrégé (touze, TBM, ff, etc.), avec des termes, utilisés dans le contexte français, qui nécessitent une compréhension préalable à la lecture (beur, limeur, pompeur, etc.) si l’on n’est pas familier avec ce langage. Cette façon de dire court peut venir des usages du Minitel comme du choix d'un style d'énonciation qui donne un « genre » mais semble signer aussi la peur d'une censure de l'éditeur, certain termes très codés devenant quasi confidentiels. De plus, ce langage sera surtout utilisé pour se décrire soi-même plutôt que pour décrire le partenaire recherché. Le membre du site se vend (son apparence) mais vend surtout les pratiques qu’il est prêt à effectuer (sodomie, sexe oral, etc.). Les membres recherchent en très grande majorité une relation basée sur la sexualité, avec des pratiques sexuelles telles le sexe oral, la sodomie, l’urophilie, les partouzes, le bondage et le fist fucking et le godage. Cette diversité, voire boulimie des pratiques, peut aussi entrer dans une logique d'optimisation des réponses, ce qui ne veut pas dire que l'usager ne se recentre pas, ensuite, sur ses préférences sexuelles. Les membres vont rechercher surtout des partenaires jeunes (maximum 35-40 ans) et certains expriment une ouverture à différents groupes ethniques. Nous pouvons nettement affirmer que les petites annonces démontrent une opposition claire au commandement moral, à l’interdit et à l’obligation puisque les membres du site affirment clairement rechercher un type de sexualité qui est peu valorisé par notre société occidentale. En ce qui concerne les deux tendances nommées par Lipovetsky : il est évident qu’ils recherchent d’abord du plaisir et aussi qu’ils portent une attention au temps et au corps (rapidité de la recherche de partenaire par le vocabulaire abrégé et présentation de ses propres caractéristiques corporelles et de celles recherchées chez le partenaire). |
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Les annonces des membres barebackers |
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A la lecture des annonces nous voyons que l'expression identitaire de la sexualité bareback semble se valoriser autour de trois pôles :
En effet l'analyse du discours des internautes barebackers montre l'émergence d'un vocabulaire spécifique. La recherche de liens fusionnels, qui apparaît dans nos premiers entretiens, est rarement mise en avant, la terminologie bareback reste, sur Internet, celle d'une sexualité « hard ». Les usagers, qui affichent des pratiques de type bareback, sont peu présents chez les 20-25ans (ce qui ne veut pas dire que ces derniers ne les pratiquent pas - sans l'annoncer publiquement - ou simplement s'approprier le terme) mais dominent dans la classe d'âge 30-40ans. Cette indication est intéressante et sera abordée dans nos entretiens : elle laisse entendre que la culture bareback ne « passe » pas (encore) ou reste tabou chez les jeunes gais. Cependant restons prudent : ce non affichage ne présume pas l'absence de la pratique chez les jeunes (silencieuse). L'analyse des écrits des internautes nous confirme que, si le rôle sexuel (actif ou passif) n'est pas déterminant, les pratiques anales sont bien les plus recherchées et ce dans le cadre de scénarii sexuels spécifiques souvent basés sur le sexe en groupe (qu'il soit décliné en partouze, tournante ou abattage). Ces formes d'abandon passent, préalablement, par une recherche active de partenaires ou de « coaching ». Il ne semble pas que nous soyons en face d'un processus de subissement : les membres actifs du groupe étant souvent considérés comme objets/jouets du recruteur (passif) leur rôle étant de le combler. Nous sommes confrontés à une sexualité très masculine accompagnée de jeux érotiques ou de mises en scène machistes. La répartition géographique des usagers barebackers montre que près de 70% résident en région parisienne. Arrivent ensuite les régions Rhône-Alpes le PACA, puis le Sud de la France. Cette répartition, inégale selon les régions, suit bien le gradient Sud-Nord, correspondant à celui des déclaration de Sida, mais joue aussi la logique des grandes métropoles où, pour la population homosexuelle, les services sont les plus nombreux, avec des effets de bords aux frontières. Le Club Bbackzone interrogant ses membres sur leur statut sérologique, il est intéressant de noter que ceux qui se déclarent séropositifs résident bien dans les secteurs géographiques les plus touchés par l'épidémie du Sida. Recommandations : des campagnes d'information doivent donc s'imposer très rapidement en province, en particulier chez les jeunes gays. Ces messages clairs doivent inciter à l'utilisation du préservatif et ne pas s'ouvrir immédiatement à une politique de réduction des risques. Si la province est encore épargnée elle semble la plus en danger (versus sa prévalence / VIH.Sida). En effet, dans le Club BBackzone, 50 à 70% des provinciaux se déclarent séronégatifs. A ce titre il est envisagé, dans une logique de réduction des risques, que l'éditeur mette en place des signalétiques / avertissements sur la séroconcordance des usagers lors de leurs contacts en ligne. Comme le laisse entendre le baromètre gay (Adam, 2002), les usagers barebackers des sites étudiés fréquentent significativement plus les espaces des rencontres communautaires de sexe, qu’il s’agisse:
En effet, la recherche du sexe en groupe et de partenaires en nombre rend incontournable la fréquentation de ces espaces. Les résultats de ce travail suggèrent donc que le cyberespace constitue un lieu où s’expriment assez librement des requêtes relatives à des pratiques à risques face à la transmission du VIH/sida, avec, cependant, un codage des termes visant à faire « figure de style », à s'approprier un langage, mais aussi à rendre la pratique confidentielle. La présence du barebacking reflète des résistances importantes face aux messages de prévention proposés depuis une vingtaine d’années mais souligne aussi des questions de mal être personnel. Cette culture qui se construit « contre » un modèle dominant, s'exprime dans un univers où le lien social semble exclu. Les relations interpersonnelles sont négligeables, le lien communautaire (via les établissements de sexe) prétexte au recrutement de partenaires. On a l'impression d'une grande solitude, seul face au VIH.Sida, seul dans des sexualités compulsives, seul dans un socle communautaire excluant. Elle invite les intervenants et les éditeurs à redoubler leurs efforts, pour s’adapter aux nouvelles réalités amplifiées par la grande popularité d’Internet, et à se mettre à l'écoute de détresses sexuelles clairement exprimées derrière les messages publiés. Si la réduction des risques, au coeur d'un débat actuel, peut être une réponse, il s'agira d'en mesurer l'impact. L'évaluer sur les sites Internet que nous avons visité semble possible, sans nocivité, du fait du mode de programmation de ces clubs qui permet de créer des univers html différents selon le profil de l'usager (incluant, alors, des messages ciblés). Contrairement à Bbackzone, les usagers bareback du Club Smboy sont très minoritaires et investis dans un environnement mixte (la plupart des membres ayant des pratiques protégées) qui rend toujours possible l’interaction préventive, autre mode de régulation que nous n'avons guère évoqué (le regard de l'autre). Cette initiation de recherche nous invite donc à réfléchir sur l’étendue de ce phénomène dans le contexte de sites multimédia plus généralistes, à diverse échelle urbaine, et dans une dimension internationale. En effet, quoique plus proche des Etats-unis, le phénomène semble bien moins visible sur la toile gaie du Québec même s'il commence à se formaliser dans les univers de dialogues de certains sites communautaires, tel Priape.com. |
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Références |
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Auteurs du contenu publié : Alain Léobon (psychologie de l'espace et des communications), Louis-Robert Frigault, Joseph Lévy (anthropologie - sexologie)
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