Analyse des profils sociodémographiques et sociosexuels des membres du site Smboy

 

Les objectifs de cette présentation est de proposer une méthodologie d'analyse de contenu qui, en l'espèce, s'applique ici au site communautaire smboy.net.

Elle sera, dans la poursuite de nos travaux, appliquée à d'autres sites représentatifs destinés à la population homo et bisexuelle en France et au Québec.

 

L’éditeur du Site nous a fourni, de manière cryptée et anonyme, la table des membres et celles de Annonces du Club présentes au 7 Octobre 2001. Le club avait à cette époque 2395 membres et plus de 4000 annonces.

Le nombre de membre à, aujourd’hui triplé, mais les résultats restent stables montrant cependant une diminution du pourcentage des barebackers, sans doute liée à un phénomène de saturation du groupe ou de régulation par le groupe, dont les pratiques semblent majoritairement protégées.

Nous travaillons donc ici sur des données publiées volontairement par les membres et non confidentielles, l’adresse électronique des usagers n’étant pas accessible. L’algorithme de cryptage a cependant utilisé cette information pour exclure les doublons.

Analyse de contenu de quelques éléments descripteurs constituant le Profil des membres

 

Nous proposons donc ici une analyse de contenu de quelques éléments descripteurs constituant le Profil des membres.

Cette " présentation de soi " (Goffman, 1963) s'organise de manière complexe entre identité sexuelle, mode de vie, vérité ou fantasmes, appuyée ou non par une iconographie (dépôt d'une ou de plusieurs photos dans le profil).
Le sérieux de la procédure d'inscription, la validation par retour d'E.Mail des comptes, les engagements réciproques (du service / usagers), la charte déontologique n'incitent guère au mensonge, ce qui semble validé par la forte stabilité des réponses.

 

Fondements théoriques :

 

Pour faire cette analyse de l'expressions identitaire S&M avec (ou non) un composante bareback, nous nous situerons dans une perspective constructiviste de nos sexualités.

 

Le modèle théorique est accessible ici

 

Comme nous l'avons précisé en introduction, Cooper (1999) a développé un modèle expliquant l'accès facile à la sphère du cybersexe et des cyber-rencontres qu'il a intitulé le « triple A », pour Anonyme, « Abordable » et Accessible.

Effectivement, le fait de ne pas être obligé de dévoiler sa véritable identité sur l'Internet, le fait que les accès à Internet soient peu coûteux (versus Minitel) et le fait que l'Internet soit accessible 24 heures par jour et 7 jours par semaine font en sorte qu'il est beaucoup plus facile pour les gens d'utiliser l'Internet à des fins sexuelles.

De plus, l'Internet favorise le développement d'une communauté virtuelle basée sur des expériences communes, ce qui augmenterait le sentiment d'identité au sein d'un groupe particulier (Cooper, Boies, Maheu et Greenfield, 1999).

Ce « quelque chose en commun » peut se consacrer à diverses cultures dont à des cultures de sexe.

  • Maffesoli (1991) a, pour sa part, décrit deux structures reliées à la sexualité : la structure dionysiaque (désordre, excès, liberté sexuelle) et la structure apollinienne (ordre, calme, sérénité). L'arrivée d’Internet peut-elle amplifier l'impact, sur la population homosexuelle, des rapports de structure dionysiaque ?

  • Lipovetsky (1992) nous a précise aussi que deux grandes tendances déchirent la société :

  • la recherche de plaisirs immédiats (pornographie, drogue, sexe sauvage, etc.) ;

  • la gestion du temps et du corps (conserver le corps jeune par l'hygiène et le sport).

  • La population homosexuelle semble vivre fortement ces deux tendances - Internet va-t-il modifier l'équilibre de ces conduites ?

  • Enfin, Bataille (1957) nous dit que l'érotisme est le monde de l'expérience vécue, totale. Il nous présente également ses concepts de continuité/discontinuité et de violence. Lorsqu'il parle de continuité et discontinuité, Bataille nous indique que la mort est le passage du discontinu au continu, que l'érotisme est l'approbation de la vie jusque dans la mort et qu'il est une exubérance de la vie.

En cela, nous pouvons nous interroger sur les liens entre l'univers S&M, associé ou non à celui de barebacking, à ce concept de continuité/discontinuité, puisqu'il s'agit d'une recherche d'extrêmes.

 

Par l'analyse, parallèle  aux profils, des petites annonces, nous tenterons ensuite de savoir dans quelle forme d'érotisme les membres se situent et comment cet érotisme peut différer entre membres aux pratiques protégées et les membres barebackers.

 

Nous commencerons donc par :

1- Présenter le fonctionnement du site de rencontre entre hommes français (www.Smboy.net)

2 - Dégager les caractéristiques sociodémographiques et sexuelles des utilisateurs de ce site, notamment en ce qui à trait aux pratiques de barebacking.

  • 2396 membres au moment de réaliser la recherche – actuellement 6500 membres ;

  • Extraction des données dénominalisées des profils des usagers ;

  • Données contenues dans les profils ;

  • Âge ;

  • Lieu de résidence ;

  • Rôle sexuel (actif, passif, actif-passif) ;

  • Attitude sexuelle (dominant, soumis, dominant-soumis) ;

  • Jeux sexuels pratiqués ;

  • Comportement face au VIH/sida (sécuritaire, barebacker) ;

  • Caractéristiques physiques (poids, taille, cheveux, yeux, sexe, etc.) ;

  • Lieux de rencontre fréquentés.

Commençons par évaluer l'impact de l'âge sur la variabilité des conduites de protection

 

Auteurs du contenu publié : Alain Léobon (psychologie de l'espace et des communications), Louis-Robert Frigault Joseph Lévy (anthropologie - sexologie)