Du Minitel à Internet : réseaux & lien social

 

Rappel historique

 

En 1978, La Direction générale des Télécommunication se trouve investie d'un projet d'envergure national visant à faire converger les réseaux informatiques avec celui des communications : « la télématique ». Ce projet insiste sur la « maîtrise du réseau » et le place en tant que « service public », un de ses objectifs étant de remplacer, en partie, « l'annuaire papier » du téléphone.

La norme vidéotex voit le jour et deux expériences « grandeur nature » sont lancées au début des années 80 :

  • l'une, en 1981, en région parisienne, à Vélesy, sur 2500 foyers ;

  • l'autre à Strasbourg, Grétel : service télématique du journal « Les dernières nouvelles d'Alsace » D.N.A.

C’est essentiellement de cette seconde expérience que sont nées les « messageries rencontres » et le « Dialogue en Direct ».

Michel Landaret, alors responsable de Grétel, avait bien compris que le Minitel pouvait devenir un véritable laboratoire du social. Le serveur proposa rapidement, à côté d’une banque de données conséquente, d’autres espaces plus conviviaux dont une messagerie dialogue.

Le projet initial partait d’un cadre institutionnel qui n’envisageait pas son succès par ce qui ne fut « qu’accident » : le « pouvoir de téléprésence et de chaleur humaine » du « terminal Minitel » qui entrera dans des couches de la population française qu’aucun autre média n’aurait touché.

Dans les années 80, le besoin de communication et de rencontres, exploitait quelques espaces de « liberté interstitielle » tels la C.B., les petites annonces des radio libres naissantes et les numéros non attribués du réseau téléphonique parisien où se nouaient des histoires d’amour telles que décrites dans une oeuvre de Marguerite Duras : « Le Navire Night ».

Ce besoin de lien social, le Minitel l’a rencontré : succès fulgurant, effet « boule de neige » de l’expérience Grétel.

Rappelons que le contexte strasbourgeois était très favorable : fabrication et expérimentation des terminaux, fabriqués par Alcatel dans son usine de Strasbourg, proposés et par des institutionnels (Banques) puis par les D.N.A, à quelques centaines d’usagers, en accès RTC (Réseaux Téléphonique Commuté).

Les usagers ne se déconnectaient pas car retrouver sa place, sur un réseau dont le nombre d’accès simultané étant de moins de cent, pouvait prendre une journée entière.

Tout est allé très vite, magie d’un mélange social sans précédant : du haut fonctionnaire au commerçant, des plus jeunes aux plus âgés, les rendez-vous s’organisaient dans les bars, aux terrasses de café du centre-ville. Des événements festifs, dans des hangars désaffectés, regroupaient aussi bien des membres de groupe d’extrême gauche que la bourgeoisie strasbourgeoise. Le rêve de nouvelles rencontres, la convivialité, et le sexe sans doute, rassemblent : l'engouement est total, les barrières sociales transcendées.

Naissent aussi les premiers phénomènes de dépendances, certains usagers passant plus de 500H /Mois devant leur minitel.

Michel Landaret observait le réseau vivre, évoluer et s’approprier, faisant des propositions techniques à ses ingénieurs pour en améliorer les fonctionnalités et tirer quelques indices de satisfaction.
A cette même époque, en 1983, les expériences de Rennes ou de Vélisy étaient tristes a mourir : l’information des banques données rencontrait moins d’adeptes.

D’ailleurs, sur ce point, la cannibalisation de la « presse écrite » par le « minitel », telle que redoutée par les media, relevait bien du fantasme. Très vite, les grands éditeurs, un temps réticents, ont changé d’avis voyant s’ouvrir, à contrario, des ressources importantes, du fait de l’usage des messageries dialogues et de facturation à la durée du Kiosque Télétel, telle que promise par France Télécom.

Il est d’ailleurs important de noter que les média furent les seuls organismes autorisés, dans les premières années, à ouvrir un mnémonique (code) Minitel : une autorisation d’émettre ou un titre de presse étant nécessaires à cette fin.

Entre 1983 et 1985 tout s’est accéléré : les expériences de Grétel commençaient à faire parler d’elle.
Des sociétés, liées à des groupes de presse (tel Libération et le nouvel observateur) comme des institutionnels (Cité de La Villette) ont expérimenté ce marché et certains firent développer des logiciels mieux adaptés à la messagerie dialogue, comme à la messagerie différée (Boîtes à lettres, correspondants un peu aux courrier électronique).

Ces acteurs ont acheté ou participé au financement de serveurs, que l’on appelait des « mini-ordinateurs » (de grosses machines, impressionnantes nécessitant des locaux climatisés) d’un coût impressionnant (plus d’un million de francs l’unité).

Chaque machine ne pouvant gérer, au mieux, que 50 usagers, l’investissement était colossal : l’idée de partage, de centre serveur donc, est donc née.

Le Groupe Sorinfor, lié à la Caisse des dépôt et consignations, a loué des machines partagées, et, du fait du hasard, le premier minitel gay en réseau local commuté « GR » est né de cette idée de partage, financé par la caisse des dépôts et consignation…

Ainsi, en 1984, une vingtaine de services tels : le Turlutel de Libération - Cyan - Antigel, SM (serveur médical), GR (Graffiti), AZ Télématique, la SNCF et quelques applications bancaires, furent autorisés par France Télécom.

Si ces initiatives émanaient de grosses sociétés financières – leurs clients, qui louaient les serveurs, créaient de nouvelles entreprises.

Des magazines, ne dépassant pas le premier numéro, se sont vu « déclarés » pour contourner le monopole des media, mais ces derniers louaient aussi leurs autorisations dans des contrats tenus secrets.

En effet, la rémunération des services par le Kiosque (contrat tripartite entre France Télecom, les centres serveur, et l’éditeur) allait changer la donne et générer des millions de francs. Avec une moyenne à 10 Euros de l’heures, le minitel devient une manne financière.

Des forums de discussions aux messageries de dialogues en direct ou différé, le succès durera bien sept ans.

 

Minitel et Santé

 

L'aspect compulsif et obsessionnel de l’usage d’Internet, tel que défini dans les études américaines, existait évidemment sur les messageries rose, mais ne semble pas avoir été particulièrement étudié.

L’usager était vite sanctionné par la facturation. Le coût du service était régulateur : à 60F de l’heure, soit 300F / par soirée devant son minitel, la prouesse ne durait en général que deux mois, voire quatre pour les plus fortunés. Cependant, des accès à faible coût (le palier 3614 ou les accès RTC) permettaient à certains usagés, en dépensant en moyenne 3000 F / mois, de passer leurs nuits sur le réseau.

Le Sida, qui apparut dans les mêmes années que le Minitel, atteint nombres d’acteurs de cette économie ou leurs proches. La prise de conscience du fléau fut donc rapide et la question du V.I.H. toujours correctement traitée sur le Minitel par des espaces d’information dédié et une assistance en ligne.

Une des premières campagnes « le sida ne passera pas par moi » fut d’ailleurs hébergée sur le Groupe GCAM-Sorinfor, dont les progiciels bases de données / Questions-réponses, développés par un ingénieur, Philippe Labarde, étaient des plus performants.

 

1986 - 1993 : les années d’or du minitel

 

Outil simple et convivial, facturation directe de l’abonné, France Télécom, diffuse rapidement et gracieusement le terminal par millions, dans tous les départements : le trafic dépasse vite l'effet de Parc, et la fabrication du terminal a du mal à suivre.

Les messageries à caractère sexuel sont alors les services plus utilisés et, toutes catégories confondues, en 1986 on compte un millier de services en ligne.

Un peu plus tard, avec l’arrivée des codes « 3615 Jane et 3615 Aline » du nouvel observateur qui marquèrent l’opinion, les logiciels d’Ipolis Informatic permettent des accès simultanés de plus en plus nombreux : les machines ne suivent pas, le minitel « rame », mais les usagers restent, attendent, se reconnectent, patients (nous sommes loin de l’exigence actuelle des internautes, souvent grincheux et insatisfaits, dans un univers pourtant bien moins coûteux).

Pire, en 1986, c’est le réseau lui-même qui tombe en panne et doit être, finalement, redimensionné par l’opérateur.

Dans les années 1990, on estime que les messageries roses génèrent entre 3 et 4 millions d’heures de connections par mois, une dizaine de grandes synergie proposant plus de 200 personnes en listes.

On peut facilement supposer que plus de 25% du chiffre d’affaire du Minitel fut induit par ce type de services, et, si l’on y ajoute la consultation des Boîtes à lettres et celles des Petites Annonces, sans doute un peu plus…

Ces estimations seraient vérifiables si France Télécom donnait plus de transparance aux statistiques des codes de services désignés par l’activité « messagerie conviviale ». A ce jour, France Télécom propose 25000 services, toutes catégories confondues.

 

Lien social et usage des messageries sur le Minitel

 

La communication anonyme, dans une logique de rencontre, est donc, pour beaucoup, à l’origine du succès du Minitel, la diffusion d'information étant donc reléguée au second plan, sans doute par manque d’intérêt populaire mais aussi du fait de la norme Télétel qui reste du texte (une seule police) associé à de grossiers caractères graphiques.

Cependant, l’analyse de l’expression en ligne des usagers et celle des réseaux de sociabilité sur Minitel est riche d’enseignements pour les chercheurs en sciences sociales.

Si les débuts du minitel ont participé d’une grande mixité hommes-Femmes, et, par exemple, dans la population homosexuelle produit une forte « convivialité », plaçant la sexualité en retrait, cet âge d’or n’a pas duré.

En effet, le passage au tarif Kiosque, très coûteux pour l’usager, a clairement orienté l’utilisateur à « concrétiser » ses dialogues ou ses fantasmes.
Les salons et forum avec une « partie publique » (correspondant au Chat Internet) ont, en quelques années, disparu, très vite remplacés par la messagerie directe en dialogues « one to one », les Petites Annonces et les histoires érotiques.

Les théories de Goffman sur la représentation de soi, théâtralisation de la personnalité, ramenées à une micropsychologie de la rencontre (Moles), telle que nous l’envisagions, à cette même époque, dans son laboratoire de Strasbourg, permettent de comprendre ce retournement de tendance : du « minitel  rêvé » au « minitel efficace », l’usager, souvent déçu (le jeux de masques ont leur limites), passe, d’un virtuel désiré, à la satisfaction de besoins plus réels.

Les femmes désertent alors le Minitel et les éditeurs embauchent alors très vite des animateurs (trices) ayant pour rôle d’entretenir les heures glorieuses (et le rêve).
Des surveillants scrutent à la loupe les messages (pourtant confidentiels) tentant d’éviter le racolage (« spam ») de leurs clients
par une nouvelle concurrence peu scrupuleuse.

Face à ce retournement de tendance, la population homosexuelles s’est mieux défendue : le mensonge, propre à l’animation, n’eut guère de prise, ni d’ailleurs de nécessité, le « chasseur » se transformant en « parfait animateur » lorsque l’heure, trop tardive, ne pouvait laisser envisager la rencontre.

Un des attributifs symbolique de la réalité dans les Chats était le « now », « maintenant » signe de crédibilité du Minitelliste (« Cherche plan now », « branleur out ! » etc.).

En quelques années, les services du Minitel, destinés aux homo ou bisexuels, pour ne parler que d’eux, deviennent de véritables « terrains de rencontres et de chasse » organisés, tant du point de vue géographique (La Synergie 3615 Mec étant forte sur l’ouest atlantique, Fred pour le Nord, Guy et Gretel pour l’Est), que thématique (le groupe Gai-Pied ayant, par exemple 3615 Luc en Soft fun, 36150 GPH en généraliste et 3615 Nic pour le SM et, plus tard (1995) le barebacking).

A partir de l’année 1995, le marché est saturé et se réorganise. Effet de concurrence oblige, diminution des marges, les groupes financiers les plus importants (émanant des centres serveurs) rachètent les petits éditeurs. Internet commence à faire parler de lui outre manche.

 

Déontologie et rôle régulateur de France Télécom

 

Les structures institutionnelles ou financées par France Télécom ont toujours clairement minimalisé l’impact du Minitel rose.

Faire de « l’argent sur le rose » (et d’ailleurs de l’argent rose), en gardant un tiers des reversions du 3615 et l’ensemble du 3614, soit au bas mot 1000 millions de francs par an dans les années 1990, pouvait faire désordre (l’ensemble des services, suivant un rapport de 1998, génère, en 1993, 6700 MF), face aux pression de la droite conservatrice et des familles de France.

Incontournable et tenant son rôle de « régulateur », France Télécom a souvent posé problème aux fournisseurs de services un peu trop libertaires. En effet, les règles déontologiques du contrat Télétel, relatives à la pornographie en particulier, étaient parfaitement inadaptées à la réalité des messagerie roses et donc sujettes à tolérance.

L'article 3. Alinéa A des recommandations déontologiques stipule par exemple :
"... Le fournisseur de service s'engage à ne pas utiliser ou suggérer la représentation d'activités contraires aux lois en vigueur ... en particulier il s'engage à ne pas mettre à la disposition du public des messages à caractère violents
ou pornographiques, des messages susceptibles de porter atteinte au respect de la personne humaine et de sa dignité... "

Dès lors, le contenu des messageries roses n'étaient que consensus, conduisant souvent à un traitement inégal des éditeurs par le service des Annuaires, ce dernier émettant ses avis sur le contenu des services, refusant le câblages de certains mnémoniques.

Les décisions de sanction d’un code, en cours d’exercice, par le service des Annuaires, étaient, en général, suivies par le Conseil de la Télématique Anonyme, puisqu'il portait, non point sur le respect des lois en vigueur, mais sur non-respect du contrat Télétel, qui, en quinze ans, n’a pas évolué.

Les uns sanctionnés, les autres tolérés, nombre d'éditeurs durent se rendre devant les tribunaux, toujours en appel voire en cassation, la première chambre suivant, en général, l'avis de France Télécom : la loi du Prince.

En ce qui concerne la communauté gaie, objet de notre étude, elle ne semble pas avoir été particulièrement discriminée par France Télécom, la population ne posant pas trop de problème sur les questions les plus graves : l’accès des services aux mineurs et la prostitution.

 

Le vidéotex une norme technique peu satisfaisante, face à Internet

 

France Télécom a cherché, un temps, face à l’arrivée d’Internet, à améliorer techniquement la norme Télétel, norme très pauvre.

En 1996 le Minitel 2 DRCS est commercialisé et propose des services mieux adaptés à des professions désirant traiter l’image suivant la norme vidéotex.

Cependant, outre l’aspect technique, lourd et peu satisfaisant en résultat, France Télécom exclut de ce marché les services de rencontre : l’échec est cuisant.

Par ailleurs, France Télécom n’ayant pas réussi à vendre Télétel à l’étranger, même en Europe (vague succès en Suisse, échec en Allemagne, échec en Italie, sans parler des tentatives au Québec ou avec Bell), le marché Télétel restera hexagonal et donc inadapté à la mondialisation.

 

Fin des années 90, l'usage du minitel décline

 

Le succès de Télétel fût donc essentiellement lié à la grande facilité d’usage du terminal, à sa gratuité, à la rémunération des fournisseurs de contenu et des centres serveurs, ayant permis le développement, en quinze ans, d’un nombre incontestable de services de qualité destinés au grand public (Banques, loisirs, services publics) comme la création de véritables « espaces de rencontres » plus ou moins communautaires.

Ces espaces répondaient à une demande sociale de liberté sexuelle, régulée, tant bien que mal, par l’institution, forte d’une déontologie définie, depuis 1993, par le Conseil Supérieur de la Télématique Anonyme. Remarquons que sa tâche était facilitée par la norme vidéotex, comme par un réseau et un terminal parfaitement contrôlés.

De plus, contrairement à Internet, la fonction culturelle et éducative du minitel fut réduite et son usage resta essentiellement familial, sous le contrôle de l’autorité parentale, ne pénétrant pas dans les collèges, les lycées, ni même à l’université.

Cependant le coût élevé pour l’usager peut être reproché à l’institution : l’usager fût le seul à supporter la charge de la transaction.

L’arrivée d’Internet, à partir de 1997, est sans doute une des raisons conduisant à une baisse des revenus de Télétel, les autres étant :

  • la saturation d’un marché ;

  • le déplacement des usagers des messageries roses vers l’audiotel (réseau téléphonique de type Kiosque).

 

Comportement des éditeurs face à l’arrivée d’Internet

 

Ce n’est, en effet, que depuis deux à trois ans, au mieux, que nous pouvons, en France, parler d’Internet en terme de media « grand public » pouvant, dès lors, concurrencer Télétel. Preuve en est la lenteur des éditeurs, ayant des produits « roses », à réagir ou anticiper l’arrivée d’Internet.

Entre 1997 et l’année 2000, les acteurs de Télétel semblent résister : beaucoup d’éditeurs se placent comme acteurs de la « nouvelle économie » mais ne modifient pas leurs produits roses, les laissant s’étioler sur le Minitel.

Cependant, et le phénomène est récent (quelques mois tout au plus), face à la concurrence des portails et des fournisseur d’accès (le Portail de France Télecom, pour ne citer que lui, « Wanadoo » accueillant plus de 5000 « Chatters »), les grandes synergies (Groupes d’éditeurs exploitant une même liste de dialogue) ouvrent leur produits au réseau des réseaux.

Techniquement, ils réalisent ce passage par des interfaces informatiques compatibles, acceptant et traitant les deux protocoles.

Ce nouvel accès (marché ?) rajeunît leur clientèle et « dope » les listes de dialogue du minitel dont le nombre d’usagers double ou quadruple du jour au lendemain.

Cet effet de nombre est cependant à regarder avec prudence : les internautes ont, en général, l’habitude d’ouvrir deux ou trois Chats en même temps, apparaissant alors sur deux messageries, ce qui donc rend difficile le comptage des usagers, comme des visites et le temps moyen de connexion.

Cette démarche semble avoir favorisé le passage de l’usager du Minitel à l’Internet et de pour deux raisons :

  • elle permet, en effet, aux volontaires de faire une économie importante ;

  • ce passage répond aux difficultés de communication entre deux clans qui s’excluent : celui des Minitellistes et celui des Internautes (phénomène « No Pics – No Dial »).

En effet, les usagers du Web, qui aiment communiquer des éléments iconographiques sur leur personnes (pour dire les chose avec pudeur), rejettent les usagers du Minitel « plus âgés et moins branchés » et refusent même tout dialogue avec eux « puisqu’ils ne peuvent transmettre de photo » d’où l’expression : « No pics, no dial » (pas de photo, pas de dialogues). On retrouve ici toute la dimension rêvée du prince charmant comme la recherche de vérité de la téléprésence. Ne pas avoir de Pics c'est soit être peu séduisant, soit mentir sur soi. Approche où l'on voit poindre de nouvelles exclusions et de nouveaux modèles se séduction médiatisés par l'image.

Sans entrer dans un processus d'analyse micropsychologique de cette médiatisation, on voit bien se réduire considérablement les rencontres sexuelles réelles, le désir ou le fantasme étant véritablement rompu, brisé par la vision d'une photo statistiquement plus en discrépence que convergence avec l'objet attendu.

Cet état des lieux étant réalisé, revenons sur l’historique d’Internet, et de son histoire outre-manche.

 

Internet, rappel historique & quelques chiffres en France

 

1964 :

 

Le Ministère américain de la Défense a l'idée d'un réseau de communication sans véritable direction centralisée, conçu de façon à demeurer opérationnel même si des portions entières du réseau tombent en panne ou sont détruites.

Dans cette perspective le réseau n'est pas hiérarchique : l'absence de point central assure son invulnérabilité.

Tous les nœuds ont même statut et peuvent recevoir, émettre et retransmettre des messages ; les messages sont divisés en paquets qui circulent individuellement sur le réseau, empruntent éventuellement des chemins différents et n'arrivent pas obligatoirement dans le même ordre : la machine qui les reçoit les remet en ordre et vérifie qu'ils sont bien tous arrivés.

Chaque nœud participe ainsi au routage des messages qui circulent à travers le monde dans le réseau selon des cheminements non prédéterminés.

 

1969 :

 

Le Pentagone et l'Agence américaine de l'armement (ARPA) demandent à quatre universités américaines de mettre ces idées en pratique dans un réseau expérimental. Quatre supercalculateurs sont interconnectés en 1971 : c' est le réseau ARPANET.

 

1972 :

 

A l'initiative des chercheurs, le courrier électronique fait son apparition et un groupe de travail se met en place en vue de définir un standard d'interconnexion.
Les travaux débouchent en 1974 sur le protocole TCP (protocole de contrôle de transmission), totalement ouvert à tout utilisateur.

Dès cette époque, la participation de pays autres que les États-Unis à des travaux de spécifications et de tests est non négligeable : en France, l'INRIA et le CNET, en particulier, sont actifs.

 

1981 :

 

La NSF (National Science Foundation) décide de financer un réseau « Computer & Science Network » qui deviendra plus tard le NSFNet, pour offrir aux universités des services tels que le courrier électronique.

 

1982 :

 

Le protocole d'adressage IP (Internet Protocol) voit le jour ; il vient compléter le protocole TCP. Dès lors, pour reprendre les mots de l' AFTEL : « Un Internet est alors défini comme un ensemble de réseaux interconnectés et l' Internet, comme l' ensemble des réseaux Internet interconnectés à l' aide du protocole TCP / IP ».

 

1993 :

 

Faisant suite à des travaux d'un jeune informaticien du CERN de Genève sur un langage commun de description des documents, le World Wide Web, ou Web, ou W3 - ou encore la Toile d'araignée - devient, grâce au lancement du logiciel Mosaïc, financé par des fonds fédéraux américains, très facilement accessible à partir d' un micro-ordinateur ordinaire.

 

Dès l’année 1995 :

 

Le succès du Web est foudroyant. Il ouvre à l'utilisateur une formidable quantité d'informations, avec une recherche grandement facilitée par l'existence de liens dits " hypertextes " entre documents.

C'est le langage HTML qui permet par le biais d'hyper liens de renvoyer d'un document à un autre, éventuellement à l'autre bout du monde, selon des liens entre des mots-clés (ou des images) choisis par les auteurs des textes.

 

Internet en France


Comme l’indique le graphe ci-dessous,
ce n’est qu’en 1999 que le réseau Internet prend ses marques dans la population française.

Les sources A.F.A (association des fournisseurs d’accès) montrent qu’entre Octobre 1999 et Avril 2000, les abonnements à Internet augmentent fortement, doublant entre Octobre et Avril 2000 (un million de nouveaux abonnés par trimestre).

La forte communication des media sur la nouvelle économie laisse entendre Internet comme incontournable et élément moteur de la croissance. Son développement est mise en regard avec celui du Minitel et du téléphone cellulaire (22 millions de français).

Ces chiffres sont fournis par des fournisseurs d’accès, et mesurent donc l’évolution des abonnement individuels (hors Adsl et câble).

Ils excluent du comptage les usages d’Internet au travail, dans les organismes publics, et le partage d’un abonnement (familial par exemple).

Pour avoir une idée plus juste de la population internaute il est donc souhaitable de se référer aux publications de la société Médiamétrie qui annonce, en Juillet 2001, le double soit 14,5 millions d’internautes.

 

Auteurs du contenu publié : Alain Léobon (psychologie de l'espace et des communications), Louis-Robert Frigault Joseph Lévy (anthropologie - sexologie)