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La production d'espaces homosexués identitaires |
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(Alain Léobon, 2002) |
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Introduction |
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Depuis trente ans, des espaces de rencontre, plus ou moins visibles, plus ou moins légitimes, se sont donc créés :
Si ces dynamiques identitaires réactionnelles remettent bien en cause la norme sociale dominante, elles trouvent finalement force, unité et surtout durabilité, non plus exclusivement dans perception de l'expérience commune de dépréciation sociale de l'homosexualité, mais dans celle du partage de modes de vie socioculturels et sociosexuels. |
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Nos cartographies des espaces de rencontre et des services, proposés aux homo - bisexuel(le) et lesbiennes, en France, montre clairement la prédominance (tant qualitative que quantitative) de Paris (RP) et des capitales régionales : inégalité territoriale, donc, de la répartition des services & segmentation de ces derniers entre convivialité & sexualité. En effet, les usages socioculturels et les usages sociosexuels des espaces de rencontre et de loisirs sont souvent séparés ou se formalisent par une organisation pratique de l'espace qu'il soit privé ou public. La carte ci-dessous nous en donne un exemple. |
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De l'errance à l'enracinement |
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Ce changement d'appréciation, par le système social, du fait gay et lesbien s'est accompagné, dans le comportement de l'homo citadin, de nouveaux modèles de normalité qui nous rappellent que la Cité, même réduite ici à son village gay, est bien miroir de la Société. |
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Ce raisonnement, porté dans une dynamique historique, peut être parfaitement projeté sur des parcours homosexués individuels. En effet, le psychologue de l'espace sera tenté de ramener ce raisonnement à une anthropologie de la rencontre centrée sur l'individu : être isolé dans un environnement plus ou moins tolérant, plus ou moins attractif où la réalisation des rencontres, dans un paysage d'actions oscillant entre sphère privée, lieux communautaire et espace public, impose l'acceptation d'un sentiment d'appartenance à un même background identitaire (socioculturel ou sociosexuel). |
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L'espace approprié dans un paysage d'actions identitaires |
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Cet espace concentre des interactions qui en font, non seulement une denrée consommée, mais aussi une métaphore du système social. Marqué par un paysage d'actions il devient alors un « territoire d’existence et de désir », lieu où, le regard social majoritaire s’estompant, les possibles interactions avec d’autres « semblables » sont facilitées. Si ces paysages d'actions homosexués trouvent leur dynamiques dans le désir (de rencontre) ce terme doit être entendu au sens développé par Gilles Deleuze, à savoir, comme l'agencement de trois composants : un objet, des styles d’énonciations, et des processus de territorialisation. L'objet peut être entendu comme la quête d'un contact avec l'autre « pareil », les styles d'énonciation comme la posture que l'on prend dans la rencontre (relation amicale, amoureuse, sociale, sexuelle etc.), les processus de territorialisation et de déterritorialisation comme les dynamiques d'investissement personnel dans ces espaces fortement marqués par le paysage des interactions qui l'habitent, dont on peut alors établir une typologie :
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Cette séparation, entre ce qui relève de l'intime, du privé et de la sphère publique, se retrouve dans le comportement de chacun, et favorise les pratiques de double jeux permettant de réaliser, avec plus ou moins d'anonymat, des sexualités parfois mal assumées (processus de neutralisation, D.Fullizeau, 2002) ou perçue comme peu légitimes. Le lien entre un parcours personnel et parcours spatiaux est suggéré dans le modèle ci-dessous. |
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Placé dans un système social régulateur |
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Ce modèle suppose que les écarts de conduites individuels, piégés dans un réseaux de contrôle maillé, n'affectent pas l'ensemble de la société mais font leur lie dans l'interstitiel jusqu'au jour où, visibles, ils sont : soit réprimés, soit régulés, soit acceptés puis placé dans la liberté marginale. |
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Le Cyberespace : un nouvel espace de rencontre |
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Nous poserons donc comme hypothèse que la rencontre, formalisée dans le cyberespace (rencontre en réseau), participe à un nouvel enjeu communautaire, dans nos cités câblées où l'espace traditionnel des rencontres homosexuées en face à face trouve son pendant dans l'univers des services proposés aux internautes, bercés par de nouveaux langages et nouveaux scripts sexuels. Si la rencontre en face a face fût, très longtemps, le premier atome de la vie sociale, dans la cité câblée, les citoyens sont raccordés à un réseau pour un prix modique leur permettant, non seulement d'obtenir des services couvrant ses besoins, mais d'entrer en relation les un avec les autres selon un principe de téléprésence. Rappelons que, si depuis vingt ans, l'impact des technologies de la communication est tel qu'il médiatise nombre de nos contacts et impose au chercheur d'aborder « l'écologie des communications » comme science fondamentale permettant de comprendre de nouveaux modèles sociaux (basés sur les expériences vicariales qui permettent la communication). Un des outils de compréhension de cette écologie pourrait être la micropsychologie et l'analyse des coûts généralisé des actes de médiatisation. Par ailleurs, le modèle, développé par Cooper, nous explique que l'accès facile à la sphère des rencontres anonymes dans le cyberespace (qu'il a intitulé le « triple A » pour : Anonyme, Abordable & Accessible) suggère un paysage d'actions fort différent, du point de vue de ses coûts généralisés, de celui des rencontres en face à face, facilitant notamment les processus de double jeu, comme de retraduction identitaire (Filluzeau, 2002). |
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La Cité câblée: lieu de résistance et d'expression de nouvelles sociabilités réactionnelles |
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Nous revenons donc ici aux sources même de la rencontre, comme élément constitutif de toute forme de communauté, basé sur un convergence de point de vue dans le regard de l'autre. A l'opposé de la sociologie de l'indifférent, de l'étranger, de l'évanouissement de la convivialité, il reste à vérifier si les nouvelles rencontres (via la cite câblée) donneront plus de poids, de visibilité aux marges créatrices d'identités jusqu'alors dispersées ou tendront à reproduire les formes, contraintes et fonction d'usages des espaces homosexués. Car dès lors qu'on aborde la répartition statistique des comportements des individus en fonction de l'anomie de ceux-ci (c'est à dire de leur déviation) par rapport aux normes établies, on voit s'affronter deux modèles communicationnels : celui de la culture régalienne qui privilégie un société où il y a renforcement de la norme au détriment des écarts, et celui de la culture conviviale qui privilégie la sécrétion permanente de déviances spontanées. Les entretiens que nous menons, sur les usages sociosexuels d'Internet, semblent nous indiquer que le réseau est propice à l'expression de la sexualité (qu'elle soit ou non en marge), l’anonymat, qu’il procure, permettant de tester ce premier regard de l'autre qui détermine le « set of expectation » du comportement ultérieur. Par ailleurs, la forte réactivité des internautes à créer des communautés virtuelles, permet de consolider l'identité de groupe et, pour des gays, mus par l'attirance pour de nouvelles pratiques, de sortir d’un isolement personnel, social ou géographique. Ces nouvelles formes et espaces de socialisation sexuelle permettre donc d’échapper, en partie, au poids normatif que peut constituer la fréquentation d’espaces privés homosexuels et d'échapper, ainsi, à certaines formes de contrôle social, comme de mieux négocier ses rencontres. Ainsi, sans contredire le pessimisme des derniers écrits de Moles sur la société réactionnelle, nous pouvons penser que le cyberespace est bien à l'opposé d'une société réactionnaire (au sens entendu de conservation et tradition sans innovation) : il est un système dynamique où l'interstitiel est très opérant, permettant l'expression minoritaire comme les contre mouvements au pouvoir organisateur. |
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Internet semble bien devenir un nouveau territoire d’expression et de liberté, renforçant et/ou consolidant les manières de se percevoir et de percevoir les autres. Nous allons le vérifier dans le travail d'investigation, initié cette année, sur l'expression, dans le cyberespace, des pratiques sexuelles « bareback » qui prônent, non seulement l'abandon du préservatif (au risque des contaminations qu'il engendre), mais aussi une culture de sexe identitaire. |
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Le modèle ci-dessous propose une synthèse de nos propos |
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Auteurs de l'article : Alain Léobon (psychologie de l'espace et des communications), Louis-Robert Frigault (anthropologie - sexologie)
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